« J’aime à dire que je soigne les maux avec des mots »
Nathalie est infirmière diplômée d’État (IDE). Après avoir travaillé en hôpital et en centre de protection maternelle et infantile, c’est avec l’envie de faire plus prévention auprès d’un public jeune éloigné des questions de santé qu’elle a choisi de rejoindre la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) en 2019. Nathalie revient sur son parcours et ses missions au croisement du médical, de l’éducatif et du social.
Quel est votre parcours jusqu’à votre poste actuel ?
À l’issue de mes études en 1986, j’ai d’abord été infirmière hospitalière dans différents services : urgences, SAMU, cancérologie, pédiatrie-néonatologie, maternité-obstétrique. En 2006, j’ai pris un poste d’infirmière territoriale en centre de protection maternelle et infantile (PMI). Cette expérience m’a fait évoluer d’infirmière qui panse à infirmière qui doit penser autrement et c’est ce qui a motivé ma décision de rejoindre la PJJ en tant qu’infirmière en centre éducatif fermé (CEF).
Pourquoi avoir rejoint la PJJ ?
J'ai découvert le poste d’infirmière à la PJJ par hasard et j’ai eu envie d’y postuler pour découvrir un aspect plus prévention auprès des jeunes suivis par la Justice. Ce qui m’a plu c’est que l’activité d’infirmière à la PJJ se situe au croisement du médical, de l’éducatif et du social, ce qui, pour moi, répond aux missions des IDE.
Pouvez-vous présenter votre spécialité et ses enjeux à la PJJ ?
J’aime à dire que je soigne les maux avec des mots. J’interviens auprès de jeunes suivis par la Justice et placés dans un foyer. Mon action s’inscrit dans un cadre pluridisciplinaire. Je travaille avec des éducateurs, un psychologue, des cuisiniers. Mon rôle est de contribuer à l’élaboration et à la mise en œuvre du projet individuel de prise en charge de chaque jeune qui arrive au foyer. À ce titre, je prends part aux réunions de services hebdomadaires afin de faire un point santé pour chaque jeune. Je participe aussi à l’élaboration des écrits professionnels destinés aux magistrats, afin d’éclairer leurs décisions.
Mes compétences de soignante complètent celles des autres professionnels de l’équipe dans les champs de la prévention santé, de l’éducation et du développement des compétences psychosociales des jeunes accueillis.
Mon action passe notamment par la mise en place d’ateliers sur des sujets variés comme le sommeil, l’alimentation, la vie sexuelle et affective, les conduites addictives, l’hygiène, la gestion du stress. Au fil des années, j’ai créé un réseau de professionnels de santé : médecin, dentiste, ophtalmologue, hôpital local, service de pédopsychiatrie, kinésithérapeute, centre de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissible (IST), centre de santé sexuelle. J’ai aussi développé différents partenariats avec l’association Addictions France et des professionnels plus spécifiques, dont une socio-esthéticienne et une équithérapeute.
Enfin, je représente l’établissement au sein de différentes commissions santé de la PJJ au niveau territorial et interrégionale ou par des partenaires santé tels que la caisse primaire d’assurance maladie (CPAM), l’agence régionale de Santé (ARS), la Maison des adolescents (MDA) ou l’association Addictions France.
Quand, comment et pourquoi intervenez-vous ?
J’interviens rapidement après l’arrivée d’un jeune au foyer. Je le rencontre en entretien individuel afin de faire sa connaissance, d’évaluer sa vision de sa santé en général et de poser ensemble des objectifs de travail. Ces objectifs ne concernent pas que sur le soin somatique (bilan de santé, soins dentaires, contrôle ophtalmique, soins dermatologiques…), ils portent aussi sur les consommations illicites, les addictions, le bien-être, le rapport au corps, l’hygiène, le sommeil, l’alimentation, les émotions, la vie sexuelle et affective.
Je vérifie également que chaque jeune dispose bien d’une affiliation à la sécurité sociale. Si cela n’est pas le cas, nous avons une convention avec l’antenne locale pour une affiliation rapide. J’accompagne les jeunes aux bilans de santé, aux consultations médicales, de soins dentaires, chez des spécialistes et aux consultations jeunes consommateurs avancées (CJCA). Je prépare les traitements médicaux dans des semainiers individuels, ce qui facilite le travail des éducateurs.Si besoin, je peux aussi intervenir à la demande de mes collègues, lorsqu’ils constatent une problématique de santé chez un jeune, comme des troubles alimentaires ou de sommeil, une addiction afin de proposer une prise en charge plus spécifique.
Une à deux fois par semaine, j’anime des activités santé avec un éducateur sur problématiques rencontrées par les jeunes. Je propose aussi des animations autour du Mois sans tabac, d’Octobre rose ou des initiations aux gestes d’urgence par exemple.
Qu’est-ce qui vous apporte le plus de satisfaction professionnelle aujourd’hui ?
D’abord, la reconnaissance des jeunes, lorsqu’ ils me remercient à la fin de leur placement, quant à ce que j’ai pu leur apporter, tant sur le plan des soins que du relationnel ou de l’accompagnement. Ce qui me satisfait c’est aussi d’être reconnue pour mon action par l’équipe éducative.
Quelles sont pour vous les qualités et compétences requises pour être infirmier à la PJJ ?
Je dirais que les qualités indispensables sont de faire preuve d’un excellent sens du contact, d’une forte capacité d’écoute, d’autonomie et d’esprit d’équipe. Il est aussi primordial d’avoir des connaissances en psychologie de l’adolescent, si besoin des formations sont proposées par la PJJ. Savoir identifier des partenaires dans le domaine de la santé vous permettra une collaboration efficace. Enfin, avoir un esprit créatif et être imaginatif sont des atouts indéniables surtout pour proposer des activités santé aux adolescents.
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Anne est assistante de service social à la protection judiciaire de la jeunesse. Une mission d’aide auprès de jeunes et de leur famille dans un cadre contraint et requiert adaptabilité et créativité.
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Sandrine est assistante de service social au ministère. Elle est rattachée à un service pénitentiaire d’insertion et de probation où elle exerce auprès de personnes placées sous main de justice.


