« J’avais (…) envie d’exercer un métier dans lequel je pourrais avoir des responsabilités, encadrer une équipe et être au cœur de l’action. »
Winnie est capitaine pénitentiaire. C’est pendant son master de droit, au hasard d’un stage en Italie, qu’elle découvre les métiers pénitentiaires. C’est une révélation. De retour en France et diplômée, elle intègre la classe prépa Talents de l’École nationale d’administration pénitentiaire (ENAP) alors que le métier de capitaine est en pleine transformation. Depuis janvier 2025, elle occupe le poste de cheffe de détention dans un quartier de semi-liberté, une première affectation qui lui permet de s’épanouir pleinement dans ses missions et porter fièrement l’uniforme.
Pouvez-vous vous présenter rapidement ?
J’ai fait des études de droit, avec une spécialisation en droit français et droit italien, à l’université Paris Nanterre avant de finaliser mon master en droit à l’université de Rome, où j’ai effectué un stage au sein de l’établissement pénitentiaire de Rebibbia, l’une des plus grandes prisons italiennes.
Après cette expérience, je me suis intéressée aux métiers de l’administration pénitentiaire, que je connaissais alors assez peu. J’ai initialement envisagé de préparer le concours de directeur des services pénitentiaires et c’est avec cet objectif que j’ai intégré la classe prépa Talents de l’ENAP. Au cours d’un stage de découverte dans un établissement pénitentiaire francilien, j’ai découvert le corps de commandement en action et dont les capitaines font partie. J’ai immédiatement su que ma carrière devait commencer dans ce corps, avec l’idée d’évoluer peut-être un jour vers des fonctions de direction. J’ai finalement présenté le concours externe de capitaine pénitentiaire et pris mes fonctions en 2024.
Que vous a apporté la classe prépa Talents de l’ENAP ?
La prépa Talents m’a énormément apporté. En complément de ma solide culture juridique, cette formation m’a permis de développer et de structurer ma culture générale. Elle m’a surtout appris à être méthodique, à organiser mon travail et à me préparer efficacement aux exigences d’un concours.
Elle a également constitué mon premier véritable contact avec l’administration pénitentiaire et l’uniforme. J’ai pu découvrir le fonctionnement du service public pénitentiaire, ses différents métiers et les nombreux acteurs qui le composent.
Alors que je ne connaissais pas encore le monde pénitentiaire, cette immersion a été un vrai plus, confirmant ma volonté d’y faire carrière. Elle m’a permis d’arriver au concours avec une meilleure compréhension de l’institution.
Pourquoi avez-vous choisi de devenir capitaine pénitentiaire ?
Je suis quelqu’un de dynamique et j’aime particulièrement le contact humain. J’apprécie l’ordre et la sécurité, que j’aspire à faire appliquer et représenter. J’avais également envie d’exercer un métier dans lequel je pourrais avoir des responsabilités, encadrer une équipe et être au cœur de l’action.
Et puis il y avait cette envie très concrète de porter l’uniforme. Lorsque j’ai découvert le métier de capitaine lors de mon stage, je me suis rapidement projetée dans cette fonction.
Comment présentez-vous votre métier à quelqu’un qui ne le connaît pas ?
C’est un métier difficile à définir en quelques mots, car aucune journée ne ressemble vraiment à une autre. Nous travaillons avant tout la relation humaine, qu’il s’agisse des personnes détenues ou des agents que nous encadrons.
Les capitaines sont à la fois des relais et des conseillers de terrain pour la direction, des références pour les agents et des acteurs essentiels de la mise en œuvre de la politique du chef d’établissement.
Nous sommes responsables de la sécurité et du bon fonctionnement de notre secteur de détention, tout en assurant le management des équipes. Nous devons prendre, parfois dans l’urgence, des décisions opérationnelles qui peuvent avoir des conséquences importantes sur la vie en détention.
J’aime souvent comparer notre rôle à celui d’un chef d’orchestre : chacun a sa partition, mais notre responsabilité est de faire en sorte que l’ensemble fonctionne de manière cohérente et sécurisée.
Vous êtes cheffe de détention dans un quartier de semi-liberté. Quelles sont vos missions ?
Je suis responsable de la sécurité et du bon fonctionnement général de la structure. Je veille notamment à la bonne organisation du service, au suivi des travaux et au respect des règles de sécurité.
Afin d’assurer une prise en charge adaptée aux personnes placées en semi-liberté, je suis également en contact quotidien avec les autorités judiciaires, le service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP), les services de police et nos différents partenaires extérieurs.
Une partie importante de mon travail consiste également à encadrer les équipes. Je veille à la bonne exécution des missions confiées aux gradés et aux agents et je rends compte à ma hiérarchie.
Le fonctionnement d’un quartier de semi-liberté est assez particulier : contrairement à la détention ordinaire, l’activité prend véritablement vie en fin de journée, lorsque les personnes semi-libres regagnent la structure. C’est donc à ce moment-là que nous devons être particulièrement présents, aussi bien auprès des agents qu’auprès des personnes détenues, pour répondre à leurs requêtes, traiter les éventuelles difficultés et faire remonter les informations importantes.
La prise en charge est différente puisque les personnes en semi-liberté évoluent entre le milieu pénitentiaire et l’extérieur. Elles bénéficient d’une plus grande autonomie, mais doivent respecter les obligations liées à leur peine et les règles pénitentiaires lorsqu’elles réintègrent la structure. Mon rôle consiste donc à trouver cet équilibre entre accompagnement, sécurité et respect des cadres judiciaire et pénitentiaire.
Au quotidien, qu’est-ce qui vous apporte le plus de satisfaction ?
Je dirais que chaque jour apporte sa petite victoire.
Je travaille depuis un peu plus d’un an au sein d’un quartier de semi-liberté et j’ai pu constater des évolutions, aussi bien dans les relations avec les personnes détenues que dans le fonctionnement des équipes.
Ce qui me satisfait particulièrement, c’est de me sentir utile. J’encadre des agents, je les accompagne et je les vois progresser. Mais ce qui est intéressant, c’est que cette relation fonctionne dans les deux sens : ils me font également progresser dans ma manière de manager et d’appréhender certaines situations.
J’ai surtout le sentiment de construire quelque chose. Voir qu’une organisation évolue, qu’une équipe gagne en autonomie et que les actions que nous mettons en place produisent des résultats est une véritable source de satisfaction.
Selon vous, quelles sont les qualités et compétences requises pour être capitaine ?
Je pense que le dynamisme est essentiel, tout comme l’autorité, le discernement et le bon sens. Il faut également être capable de travailler en autonomie et avec une grande diversité de partenaires. Il faut disposer de solides compétences opérationnelles.
Je dirais surtout qu’il faut être curieux. Un officier doit se tenir informé des évolutions pénales, pénitentiaires et juridiques. Il est aussi essentiel de comprendre les évolutions de la société dans laquelle il exerce. Il est important de continuer à développer sa culture générale et de ne jamais considérer qu’on a fini d’apprendre.
La loyauté et l’humanité sont également, à mes yeux, indispensables. Être chef, ce n’est pas seulement donner des directives : c’est savoir écouter, comprendre les difficultés de ses équipes, anticiper les problèmes et être capable de prendre ses responsabilités.
Enfin, il faut être proactif. En tant que chef d’équipe, il faut savoir identifier les difficultés avant qu’elles ne deviennent des problèmes et être capable de proposer des solutions.
Quels conseils donneriez-vous à une personne qui souhaite se présenter au concours externe de capitaine ?
Je lui dirais simplement : il faut y aller ! C’est un métier passionnant, très diversifié, qui permet d’évoluer, de découvrir de nombreux domaines et de développer des compétences très variées.
Pour préparer le concours, je conseillerais surtout d’être curieux et de s’intéresser à tout. Il faut bien sûr travailler les connaissances nécessaires au concours, mais aussi comprendre l’environnement dans lequel on souhaite évoluer et s’intéresser aux enjeux de société, à l’actualité et aux questions pénales et pénitentiaires.
Et surtout, il ne faut pas avoir peur de l’échec. Si le concours n’est pas obtenu du premier coup, il faut analyser ce qui peut être amélioré, travailler et recommencer. Le métier de capitaine pénitentiaire est en pleine évolution, il offre de nombreuses possibilités à celles et ceux qui souhaitent s’investir.
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