Élodie, magistrate

Interview

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« J’ai ressenti pour la première fois un sentiment que je n’avais pas ressenti jusqu’à maintenant : celui d’être (enfin) à ma place. »

Élodie est magistrate. Après avoir été juriste en entreprise puis travaillé dans les ressources humaines, elle a ressenti le besoin de redonner du sens à sa carrière. Sa reconversion professionnelle est née d’une motivation ancienne et rendue possible par la loi organique du 20 novembre 2023 modifiant notamment les voies d’accès à la magistrature. C’est avec fierté qu’Élodie revient sur les différentes étapes de sa reconversion jusqu’à sa prise de fonctions actuelles.

Pouvez-vous vous présenter rapidement ?

Titulaire d’une maîtrise en droit des affaires et d’un DEA en droit privé avec une dominante en droit social, j’ai eu envie de rejoindre le monde de l’entreprise dès la fin de mes études. J’ai commencé ma carrière comme juriste en droit social. Puis, j’ai eu l’opportunité de pouvoir évoluer vers des postes de responsable des ressources humaines (RH) dans des entreprises privées jusqu’à occuper le poste de directrice adjointe RH d’une entité de plus de 4 000 salariés.

Pourquoi avoir choisi de devenir magistrate ? Qu’est-ce qui a motivé votre reconversion professionnelle ?

Le projet de la magistrature germait depuis longtemps dans ma tête. Petite, je rêvais déjà d’être juge des enfants. Pourtant à la fin de mes études de droit, l’idée de passer ce concours d’accès réputé difficile m’a effrayée. Comme j’avais un intérêt pour le droit social, j’ai fait le choix de m’insérer directement dans la vie active. Après quasiment 18 années passées sur des fonctions RH dans des environnements très exigeants, j’ai commencé à ressentir une perte de sens dans l’exercice de mes missions professionnelles par rapport à l’engagement qui était le mien. L’idée d’une reconversion professionnelle a alors commencé à faire son chemin, et en me reconnectant à mes aspirations profondes, la voie de la magistrature s’est rapidement imposée. Au même moment, le ministère de la Justice communiquait beaucoup sur ses besoins en recrutements suite aux États généraux de la Justice. Je me suis renseignée sur les voies d’accès pour intégrer la magistrature et j’ai alors découvert qu’il y avait d’autres voies que le 1er concours pour devenir magistrat.

J’ai décidé de déposer ma candidature pour demander une intégration directe en faisant valoir mes années d’expérience professionnelle au cours desquelles j’avais eu essentiellement des missions juridiques. Pour optimiser mes chances de voir mon projet aboutir, j’ai décidé de m’inscrire en parallèle  au concours complémentaire qui était ouvert aux personnes de plus de 40 ans. J’ai eu la chance d’être admise aux deux voies pour lesquelles j’avais postulées. J’ai choisi celle de l’intégration directe car elle permettait d’accéder aux fonctions spécialisées et pas uniquement généralistes.

Qu’avez-vous ressenti lors de la prestation de serment ?

La prestation de serment est l’aboutissement heureux d’un long parcours d’efforts et de sacrifices sur le plan personnel. J’ai ressenti une grande satisfaction et vu la fierté dans le regard de mes proches et surtout de mes enfants, donc cela restera un moment gravé longtemps dans ma mémoire.

La solennité de la prestation nous rappelle à quel point ce métier est exigeant vis-à-vis de notre relation avec les justiciables.

En quoi consiste la formation et comment se déroule-t-elle ?

J’ai suivi un mois de formation théorique à l’École nationale de la magistrature (ENM) à Bordeaux puis effectué six mois de stage probatoire au sein d’un tribunal judiciaire. Au cours du stage, je suis passée par le siège et le parquet, au civile comme au pénale, et j’ai été évaluée sur chacune des fonctions. Ensuite, j’ai passé une épreuve orale à l’ENM Bordeaux. C’est seulement à l’issue de ce parcours, que j’ai été admise à intégrer la magistrature.

Depuis le 1er décembre 2025 et ma prestation de serment, je suis donc officiellement magistrate. Cependant mon installation sur mon futur poste ne s’est faite qu’à l’issue d’une période de pré-affectation de cinq mois dans une juridiction différente. Cela permet de nous préparer plus spécifiquement à nos futures fonctions .

Vous venez de prendre vos fonctions. Quelles sont vos missions ?

Je travaille dans un tribunal judiciaire où je suis juge au civil en charge de différents contentieux tels que l’exécution immobilière et les procédures collectives.

Selon vous, quelles sont les qualités et compétences requises pour être magistrat ?

Les qualités nécessaires peuvent varier selon les fonctions que l’on exerce. Mais, la rigueur et un esprit de synthèse au vu de la masse d’informations à traiter quotidiennement sont des qualités incontournables selon moi. Il faut aussi et surtout des qualités humaines, à savoir de l’écoute, de l’empathie et un grand sens de la pédagogie pour faire en sorte que les justiciables comprennent le sens de nos décisions même s’ils ne les acceptent pas toujours. Enfin, il faut des capacités décisionnelles.

Quels conseils pourriez-vous donner à une personne souhaitant se reconvertir dans la magistrature ?

C’est un univers qui semble inaccessible de prime abord, mais il ne faut pas hésiter à se renseigner sur les possibilités existantes d’y entrer car elles sont nombreuses et souvent méconnues ! Depuis quelques années maintenant, il y a une volonté du ministère de diversifier le corps de la magistrature pour y intégrer de plus en plus de profils qui ont eu une première vie professionnelle et peuvent apporter un autre regard sur la manière d’exercer ces fonctions.

Personnellement, je pense qu’on se met finalement moins de freins quand on a de l’expérience que lorsqu’on vient de quitter les bancs de la faculté. Donc si c’était à refaire, je n’hésiterais pas une seconde. Pendant mon stage en juridiction, j’ai ressenti pour la première fois un sentiment que je n’avais pas ressenti jusqu’à maintenant : celui d’être (enfin) à ma place.

En savoir plus sur la loi organique n° 2023-1058 du 20 novembre 2023 relative à l'ouverture, à la modernisation et à la responsabilité du corps judiciaire

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