« Il est gratifiant de réussir à rétablir un dialogue entre des personnes qui ne se supportaient plus »
Fabienne est conciliatrice de justice depuis 2022. Professeure dans l’enseignement supérieur à l’orée de la retraite, elle cherchait une façon de rester active sans rien sacrifier à sa vie personnelle. C’est pourquoi elle a souhaité participer bénévolement à la Justice et aider les justiciables dans la résolution de leurs différends. Un choix qu’elle ne regrette pas et qui lui apporte la satisfaction d’être utile.
Quel est votre parcours professionnel ?
Après avoir travaillé quelques années dans l’entreprise de mon mari, je suis devenue professeure de gestion-finances en IUT pendant 28 ans. Dans le cadre des échanges universitaires, j’ai fait de nombreux déplacements à l’étranger, en Pologne, Roumanie, Ukraine, Russie, Maroc, Chine, ce qui m’a enrichie de multiples cultures. En tant que responsable des stages des étudiants, j’ai gardé un lien fort avec le monde entrepreneurial et développé une relation privilégiée avec les étudiants.
Pourquoi devenir conciliatrice de justice ?
Le fait d’avoir toujours été très active et avec beaucoup d’interactions sociales, je ne pouvais m’imaginer sans activité, la retraite venue. J’avais tout d’abord envisagé la création d’une auto-entreprise axée sur l’assistance aux démarches administratives, fiscales et aide informatique, car j’étais consciente des difficultés rencontrées par certaines populations, notamment sensibilisée par l’expérience de mes proches parents.
Et puis j’ai vu un reportage sur les conciliateurs de justice et une interview de l’actuel président régional de l’association de conciliateurs de justice. Ça a été le véritable déclencheur de ma candidature. Être conciliatrice me permet de rencontrer des personnes de tous horizons et d’avoir le sentiment d’être utile. De plus, j’ai la liberté d’organiser mon temps sans rien sacrifier au niveau personnel.
Comment s’est passé le recrutement ?
J’ai adressé un courriel au président de notre association régionale avant de le rencontrer. Il m’a expliqué la procédure de recrutement et m'a interrogé sur mes motivations. J’ai ensuite rencontré le juge des contentieux de la protection du ressort de ma juridiction pour un entretien et ma candidature a été instruite favorablement par la cour d’appel. Dans le cadre de l’enquête de moralité, j’ai également été auditionnée à la gendarmerie de mon village. En tout, le processus de recrutement a pris presque un an.
Pendant cette période, l’association des conciliateurs m’a attribué un tuteur et j’ai pu assister, en observatrice, à certaines de ses séances de conciliation. J’ai aussi pu être présente aux rendez-vous de deux autres conciliateurs, ce qui m’a aidée à prendre des repères sur les pratiques et appréhender les outils informatiques mis à notre disposition. Ma prestation de serment a eu lieu en novembre 2022.
Avez-vous suivi une formation spécifique pour devenir conciliatrice ?
Pendant ma première année, j’ai suivi les deux modules obligatoires de formation à la fonction de conciliateur. Depuis, je fais une ou deux formations par an, de préférence organisées dans ma région. Il y a huit modules de formation dispensés à l’École nationale de la magistrature (ENM) et dans les territoires. Nous avons également accès au catalogue de formation de l’ENM, ce qui ouvre de larges possibilités.
En outre, une journée d’échanges entre conciliateurs est organisée chaque année dans ma région avec l’intervention de spécialistes de diverses questions : logement, bornage, consommation, intelligence artificielle etc. Ces échanges sont précieux par le partage d’expérience des conciliateurs et l’évocation de cas concrets et réels.
En quoi consiste votre mission de conciliatrice ?
L’objectif est d’éviter que des différends ne finissent devant les tribunaux. On ne traite pas de litige en matière pénale ou d’affaires familiales au même titre que nous n’avons pas vocation à conseiller les parties, cela est même formellement interdit dans l’exercice de nos fonctions.
Mon rôle est de mettre en relation des parties qui souvent ne communiquent plus entre elles. Après un premier contact téléphonique ou par mail avec le demandeur, je vérifie ma compétence territoriale et sur le fond. Puis, je rencontre, physiquement ou à distance, les deux parties pour tenter d’aboutir à un accord.
Il arrive parfois (rarement) que le défendeur refuse catégoriquement de participer à la conciliation. Dans ce cas, je remets une attestation d’échec au demandeur ce qui lui permet, s’il le souhaite, de saisir le tribunal judiciaire.
Comment s’organisent les séances de conciliation et votre agenda personnel ?
J’ai des créneaux de permanence fixés en accord avec les lieux d’accueil : mairies, France services, tribunal. Je fixe moi-même les rendez-vous avec les parties pour adapter au mieux les rendez-vous aux contraintes des parties et de ma vie personnelle.
Qu’est-ce qui vous apporte le plus de satisfaction dans la conciliation ?
La satisfaction c’est bien sûr quand la conclusion d’un dossier aboutit à la signature d’une attestation d’accord mettant ainsi fin à un différend. De plus, il est gratifiant de réussir à rétablir un dialogue entre des personnes qui ne se supportaient plus.
Bien sûr, il y a des échecs, mais quand on a fait le maximum, il reste la satisfaction du devoir accompli ! Et parfois, malgré l’attestation d’échec, des personnes m’ont avisée qu’après réflexion, ils se sont recontactés pour finalement trouver un arrangement.
Avez-vous un exemple de conciliation réussie à nous partager ?
Un collectionneur de voitures anciennes d’une marque française avait confié un de ses véhicules pour des travaux à un garage spécialisé dans la restauration. Le garagiste était devenu un ami au fil du temps, leur relation datant de plus de trente ans. Insatisfait des travaux et du montant de la facture de près de 10 000 euros, le propriétaire du véhicule a souhaité une conciliation car ils ne se parlaient plus.
Après de nombreux échanges avec les parties, nous avons convenu d’une date de conciliation. Après un début très froid, la réunion s’est finalement soldée par un accord. J’ai été très touchée par l’émotion palpable de ces deux personnes heureuses d’avoir renoué des liens d’amitié de plus de trente ans à la fin de la réunion.
Quelles sont selon vous les qualités et compétences requises pour devenir conciliateur ou conciliatrice ?
Pour les qualités, je dirais : l’envie d’être utile, l’écoute, la patience, l’organisation, la capacité à mettre de côté son ressenti personnel pour respecter la neutralité et l’impartialité, et ce n’est pas le plus simple.
Concernant les compétences : une bonne maîtrise de l’informatique est un plus pour la gestion des dossiers eu égard au temps gagné. Les formations juridiques dispensées et les recherches personnelles permettent de mieux appréhender les problématiques d’un dossier. Il convient aussi d’être à même de gérer les conflits quand cela se produit et savoir faire preuve de l’autorité nécessaire pour recadrer les échanges, si nécessaire. Les compétences s’affirment par l’expérience et se confirment par les formations qui nous sont proposées.
La conciliation est un mode de résolution amiable gratuit des différends dans lequel le conciliateur de justice aide les parties en litige à trouver un accord, pour y mettre fin.
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