Fanny, psychologue clinicienne

Interview

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« Ce qui me marque dans l’accompagnement des personnes condamnées, c’est de pouvoir être témoin de petites et grandes évolutions chez ces personnes, souvent aux parcours chaotiques. »

Fanny est psychologue clinicienne, diplômée d’un master de psychologie intégrative. Elle exerce en milieu pénitentiaire auprès des personnes détenues. C’est après des stages dans le domaine de la victimologie et de la criminologie, qu’elle a choisi d’exercer au service de la Justice. Contractuelle durant près de huit années, elle a passé le concours des psychologues du ministère de la Justice. Fanny revient sur son parcours et explique ses missions au service de la réinsertion.

Pouvez-vous vous présenter rapidement ?

Pendant mes études et différents stages, j’ai découvert la psychologie auprès de victimes avant de travailler auprès de personnes internées en hôpital psychiatrique sécuritaire en Belgique, car reconnues irresponsables de leurs actes par la justice.

Une fois diplômée, j’ai pris mon premier poste au sein du centre national d’évaluation (CNE). Ma mission consistait à évaluer le risque de récidive de détenus qui demandaient des aménagements de peine. J’intervenais aussi au sein de l’unité pour détenus violents (UDV) que j’accompagnais dans la prise de charge de leur violence. Cette expérience m’a permis de découvrir l’administration pénitentiaire et le métier de psychologue au sein du ministère de la Justice.

Après dix ans au CNE, j’ai récemment pris mes nouvelles missions de psychologue en charge du parcours d’exécution des peines (PEP) : réaliser des évaluations psychologiques de personnes condamnées et les accompagner dans la compréhension de leurs problématiques et leur projet de sortie.

Pourquoi avez-vous choisi d’exercer au ministère de la Justice ?

C’est d’abord l’intérêt pour la criminologie qui m’a amenée à me tourner vers l’administration pénitentiaire et le ministère de la Justice. J’y apprécie de travailler en pluridisciplinarité et de découvrir les différents corps de métier.

C’est aussi une prise en charge particulière dans un cadre contraint où nous faisons face à l’absence de demande de soin de la part des personnes suivies ainsi qu’à de nombreux freins qu’il est nécessaire d’identifier et de faire évoluer.

Quelles sont vos missions en tant que psychologue clinicienne dans un établissement pénitentiaire ?

Actuellement psychologue en charge du parcours d’exécution des peines, j’accompagne des personnes condamnées en centre de détention. Pour chacune, j’évalue des éléments de son parcours et de sa personnalité ayant concouru à sa trajectoire passée et au passage à l’acte. Il s’agit alors de responsabiliser les détenus et de repérer les facteurs de risques de récidive comme ceux favorables à leur réinsertion. Ce travail ne prend forme et n’a de sens que si la personne est pleinement investie dans son parcours de peine et de réinsertion.

Pour les accompagner et évaluer leur situation, je me base sur des entretiens individuels et leur dossier pénal. Je me nourris aussi des échanges avec les conseillers d’insertion et de probation (CPIP) et les personnels de surveillance, qui sont une aide inestimable. Je participe à la commission d’application des peines avec la juge d’application des peines et la procureure de la République. Cette instance permet d’avoir une approche pluridisciplinaire de l’évolution de chaque détenu.

Qu’est-ce que cela apporte à votre pratique clinique ?

Cela m’apporte d’être toujours vigilante aux visions de chacun : détenu, personnels pénitentiaires, juge. En effet, le rapport au temps pour la personne détenue est différent de celui de l’administration. Il faut constamment appréhender la subjectivité de la personne détenue.

La transmission et le partage d’informations doivent être clairs et appréhendables de tous. Il faut toujours garder en tête les différents enjeux pénitentiaires et judiciaires.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

Ce qui me marque dans l’accompagnement de personnes condamnées, c’est de pouvoir être témoin de petites et grandes évolutions chez ces personnes souvent aux parcours chaotiques.

Ces évolutions sont notamment possibles quand la personne se responsabilise. Cela est indispensable pour que les décisions judiciaires soient comprises et acceptées par la personne et qu’elles servent l’intérêt individuel et collectif. Il est évident que tout n’est pas idéal, mais lorsque cela se produit nos missions prennent tout leur sens.

Selon vous, quelles sont les qualités et compétences requises pour travailler auprès de personnes détenues ?

L’une des qualités qui me semble importante est l’humilité. Nous faisons partie d’un ensemble, où chaque personne a son importance et sa nécessité. Bien évidemment, l’écoute, l’absence de jugement, la capacité d’adaptation sont aussi essentielles.

La créativité est une force tout comme l’autonomie et la capacité de travail en équipe. Il faut aussi être force de proposition, rester toujours curieux, enrichir sa clinique par des lectures et des formations. L’accès aux formations est assez avantageux au sein du ministère de la Justice.

Au-delà de l’environnement particulier qu’est un établissement pénitentiaire, la gestion du stress est importante et la confrontation à la violence est un facteur à prendre en compte.

Des qualités rédactionnelles et de vulgarisation des analyses cliniques sont appréciées des directeurs d’établissement et des magistrats dans leurs prises de décisions.

Quels conseils donneriez-vous pour bien se préparer au concours de psychologue du ministère de la Justice ?

Il est important d’avoir conscience des enjeux du cadre judiciaire et de son caractère contraint. Il faut pouvoir répondre à la question : comment travailler lorsque la personne n’a pas de demande de soin et ne souhaite pas travailler sur elle-même, alors même qu’elle présente nombre de facteurs de risques de récidive ?

Il n’y a pas de solution magique mais il est essentiel d’être au clair avec sa posture de psychologue, le cadre d’intervention et de faire preuve d’autonomie et de créativité.

Je conseillerais d’abord de s’informer sur les différents métiers et les enjeux actuels du ministère, notamment sur ses sites internet riches d’informations.

Pour le concours interne, l’écriture de la reconnaissance des acquis de l'expérience professionnelle (RAEP) m’apparaît être un processus introspectif dans lequel vous faites le bilan de votre parcours, de vos envies et ambitions.

La préparation à l’oral n’est pas à sous-estimer car être confronté à un jury n’est pas anodin. Exercez-vous en amont, c’est un exercice nécessaire pour expérimenter votre présentation et vos capacités de gestion du stress dans le temps imparti de cette épreuve.

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